Cet article sort de la thématique habituelle mais il nous semblait intéressant de faire un récit de notre traversée entre la Colombie et le Panama.

Voilà le départ de Mathieu et Elisa fait que nous devons déjà nous remettre en marche pour atteindre l'Amérique centrale et notamment le Panama. Pour se faire, de façon à ne pas se ruiner et vivre une expérience authentique, il est possible de traverser cette frontière par bateau à travers les îles San Blas. Un problème de budget prévisionnel se pose quand on apprend qu'aucune banque ne sera sur notre chemin donc nous avons dû retirer ce qui nous semblait être nécessaire pour la traversée. Le trajet est plutôt clair pour nous : prendre un bus jusqu'à Turbo, un bateau pour Capurgana, passer la frontière jusqu'à Puerto Obaldia, prendre un nouveau bateau pour Carti et enfin une jeep pour Panama City.

Sans grandes difficultés, nous atteignons Puerto Obaldia en 2 jours malgré des avertissements de Sénégalais nous expliquant que traverser la frontière est très difficile mais une fois encore, un passeport français est une arme bien pratique dans ce genre de situation. Commence un trajet plus ou moins houleux à Puerto Obaldia. Après plusieurs rencontres pas forcément des plus agréables, nous rencontrons Carlos qui nous propose un trajet pour Carti à 120$ pour 6h de bateau en faisant une escale sur une île des San Blas qui s'appelle Caledonia. Impossible à négocier et n'ayant plus trop le choix avec le temps qui file nous le suivons.

Après un trajet à bord d'une lancha nous arrivons sur une île appelée Caledonia. Elle est peuplée d'indigènes issus de la communauté des Kunas. En faisant un tour rapide pour trouver un supermarché afin d’acheter 500 grammes de riz et un oignon, nous avons la surprise de voir, plus pour un aspect pratique qu'écologique, des panneaux solaires équipés sur chaque cabane de ce village et une utilisation des eaux de pluie des plus astucieuses pour gérer les tracas du quotidien. Chose faite, nous retournons au port pour apprendre que malheureusement nous n'aurons pas de bateau pour Carti le jour même et que personne ne sait quand sera le prochain. Trois touristes "perdus" comme nous, nous expliquent qu'ils attendent depuis 2 jours un bateau qu'ils finiront par avoir le lendemain. Un Kunas, habile businessman, nous invite à dormir dans une habitation pour 10$ la nuit et par personne. Pris de court et n'ayant réellement pas d'argent pour se loger, nous refusons en décidant de dormir sur le ponton du port. Nous passons notre journée à nous baigner avec les enfants du village, en attendant un peu plus d'informations sur le bateau tant convoité.

 C'est au cours de la soirée que nous ferons la rencontre d'une personne des plus touchantes qu'est Corine, une clandestine essayant de passer de la Colombie au Panama. Au cours de notre traversée nous avons rencontré beaucoup de personnes passant clandestinement de la Colombie pour remonter jusqu’au Mexique. Nous avons donc fait notre possible pour l’aider au mieux. Le soir, pour amener un peu de convivialité et nous changer les esprits, nous avons dîné tous ensemble grâce au réchaud de notre compagnon argentin et des bouteilles d'eau coupées en guise d'assiettes pour notre riz/oignon afin d'avoir enfin notre premier repas de la journée. C'est après qu'est réapparu notre businessman favori pour nous proposer un trajet non jusqu'à Carti (la ville nous permettant de rejoindre Panama City) mais Nargana une île à une heure de cette fameuse ville. Il est pour nous impossible de négocier pour aller jusqu'à Carti étant donné que nous passons l'intégralité du restant de notre budget pour atteindre cette petite île de Nargana. Après les paiements faits, notre capitaine/businessman nous annonce un départ prévu à 5h du matin. Nous nous endormons donc à la belle étoile sur notre ponton en bois en attendant avec impatience notre départ pour une île qui allait nous donner à nouveau du fil à retordre.

Avec un peu de retard nous partons le lendemain matin. Ce trajet est probablement le plus risqué que nous ayons pu faire depuis le début de notre périple. Embarqués à bord d’une lancha, nous avons navigués 5h dans les eaux agitées des Caraïbes sous une tempête qui nous a fait plusieurs frayeurs et qui nous a littéralement fait gouter à nous et à nos affaires la salinité des Caraïbes. Une fois de plus, à notre arrivée, on nous informe qu’aucun bateau ne partira le jour même pour Carti. Nous avions convenu avec Carlos (rappelez-vous, ce vieux filou qui nous a embarqué dans cette aventure) qu’il nous avancerait les frais supplémentaires pour arriver à bon port. C’est sans surprise qu’il s’est évincé à l’arrivée sur l’île de Nargana. Le constat est clair, nous n’avons plus un seul dollar pour assurer la journée, la nuit et le transport du lendemain. Après un brainstorming désespéré mais efficace, nous décidons de vendre quelques appareils électroniques pour nous renflouer. Armés d’une GoPro, d’une batterie solaire et de patience, nous avons rencontré plusieurs clients potentiels jusqu’à notre sauveur : le chef de l’île, rien que ça. Intéressé et probablement compatissant, il achète nos appareils d’une somme suffisante pour nous permettre de manger un bout et de prendre nos tickets de bateau pour le lendemain à 5h. Il nous propose aussi de nous loger gratuitement dans un immeuble en construction proche du port, histoire d’avoir un toit.

En le remerciant et offrant des bières aux habitants qui nous ont aidé à installer nos hamacs, nous passons le restant de la journée à nous promener, à regarder un match de basket sur l’île et à nous endormir relativement tôt pour reprendre des forces après la nuit précédente agitée.

Levés à 4h30 pour être sûr de ne pas manquer notre bateau, nous avons l’agréable surprise de suivre un trajet sans encombre jusqu’à Carti et prendre une Jeep jusqu’à Panama Ciudad. Arrivé à destination et après plusieurs fous rires sur notre traversée tumultueuse, nous nous installons dans une auberge de jeunesse afin d’avoir un repos bien mérité.

Ce trajet fut et sera probablement pour nous trois le plus éprouvant. Néanmoins, il est important de noter que, pour une expérience de vie pareille avec des rencontres marquantes et une réelle complicité entre nous trois, nous avons vécu une sacrée traversée que nous aurons beaucoup de mal à oublier. Nous donnons aussi une attention toute particulière à nos compagnons de galère, David et sa copine, Luis, Corine et Bill avec qui ces longues journées n’auraient pas été les mêmes.

Nous tenions à remercier Allianz Voyage pour leur soutien indispensable dans notre aventure.